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Sur le quai A

mai 10, 2011

Ce matin je me sens bien et étrange, bien étrange, comme à l’aube d’une nouvelle adolescence. Le train, comme un nouveau départ, promesse de vibrantes découvertes. La valise, quelques affaires de toilette et une tenue de rechange, deux livres.

Extrait, Gabriel Garcia Marquez : « …L’air y avait une densité toute nouvelle, comme si on finissait juste de l’inventer, et les belles mulâtresses qui attendaient sans espoir entre les pétales sanglants et les disques passés de modes, connaissaient des offices de l’amour que l’homme avait oublié d’emporter du paradis terrestre. La première nuit où le groupe s’en vint rendre visite à cette serre à illusions, la splendide et taciturne doyenne, qui surveillait les entrées dans un fauteuil à bascule en rotin, sentit le temps revenir à ses sources premières quand elle découvrit parmi les cinq nouveaux arrivants un homme aux os saillants, au teint bistre, aux pommettes tartares, marqué depuis le commencement du monde et à jamais par la vérole de la solitude… »

Extrait « La Guerre et la Paix » Léon Nikolaïévitch Tolstoï: « (…)Ne t’arrive-t-il pas, dit Natacha à son frère quand ils se furent installés, ne t’arrive-t-il pas de t’imaginer que plus rien ne t’attend, que tout le bonheur possible, tu l’as déjà eu? Et ne te sens-tu pas triste alors? – Mais bien sûr! dit-il. Parfois, alors que tout va bien, que tout le monde est gai autour de moi, il me vient soudain un dégoût de tout cela et je me prends à songer que nous devrons tous mourir (…) »

Je vais marcher jusque la gare, puis j’achèterai un billet. Sur le chemin il me faut décider le sens de ce voyage. A l’est les terres slaves, à l’ouest l’océan, au sud les sables chauds, les couleurs vives, et au nord l’air glacé et des blancs purs. Si j’avais choisit un navire c’eut été pour méditer et ramer, donc vers le sud ou l’ouest. Vers le Nord une auto, puis quel-qu’engin motorisé équipé de glisseurs. Alors le train m’inspire deux options vers l’Est: Istanbul ou la Russie, l’orient express ou le transsibérien.

Le ticket transporte déjà. Paris-Nice, Nice-Moscou, et vers Vladivostok (le ville loin à l’est). Le fonctionnaire du rail, qui jamais ne franchira de frontière, m’indique qu’il existe une possibilité pour rejoindre Istanbul depuis l’est de la Russie, en passant par la Mongolie. Lorsque je grimpe les trois marches du vieux train couchette qui m’emporte vers Nice, je manque de lâcher ma valise.

Une forme floutée couronnée du visage inconnu au sourire éclatant, celui du rêve dont je suis sorti bouleversé ce matin! Une odeur de cuir ciré, reflets sur de vieux cuivres, quelques bruits de ferraille, le claquement d’une porte. Je cligne alors des yeux, et, le visage redevient complètement autre, inconnu, mais bien plus séduisant. Bonjour. Bonjour. Elle s’écarte pour me laisser passer. Pardon. Un nouveau regard trouble vers Elle, un autre pour vérifier le numéro du compartiment,  coulissement de la porte, j’entre et le train s’ébranle. Un sifflet prolongé, plusieurs coups qui annoncent le départ. Le quai soudain recule et j’en perds l’équilibre. Sur le quai j’aperçois un jeune homme qui ramasse la pochette dans laquelle j’avais glissé les deux livres, j’entrouvre la fenêtre et lui crie :  » Bon voyage, Monsieur! » il me regarde alors comme on regarde l’horizon, les yeux vagues et les cheveux flottants.

à suivre...(<=cliquez)

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