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Paris – Nice

mai 14, 2011

Si cela vous importe, pour l’origine du transport, lire d’abord « Sur le quai A » (<=cliquez)

C’est votre ami? Pardonnez ma curiosité, vous sembliez tous deux éberlués, comme frustrés, déçu d’une rencontre manquée. Je suis heureuse de partager ce compartiment avec vous! Elle m’assène ces propos sans reprendre son souffle et j’en reste muet, pendant quelques secondes, tandis que nous passons la Seine. Son sourire est engageant, ses yeux clairs pétillants de perceptions exacerbées, comme deux galaxies aux portes de la perception. Son regard profond de bonté. Les secondes passent alors que nous quittons déjà la petite couronne, et je n’ai toujours pas décroché. Pas un mot, ni un clignement de paupière ne s’interposent entre nos âmes. Nous sommes comme suspendus, entre deux temps, entre deux lieux, entre deux mondes, et dans la même bulle sur un ruisseau, portés par le courant.

Comme un printemps frais et prometteur, comme à l’entrée d’un grain de poussière dans l’atmosphère terrestre, le temps est suspendu, distendu, éternel fugace. Doux et tièdes, comme j’imagine au sein du ventre un enfant en sa mère, et aussi balloté parfois brutalement au passage d’un aiguillage, nous voyageons.

Je n’ai toujours pas répondu. Pense-t-elle que je suis un goujat? Un paumé, l’indigène dégénéré, muet, étranger, autiste, celui que vous croisez chaque jour dans le métro, jamais le même, ignorant ignoré?

Je la regarde et lui trouve à nouveau un air familier; à qui me fait-elle dont penser? Tandis que mon regard s’enfuit vers la gauche, je perçois vaguement le sol flou du couloir et cherche dans mes souvenirs le portrait de cette femme brune, élancée, au teint bistre, méditerranéen…

Madame, vous disiez? Pardonnez mon étourderie, je me demande encore ce que je fais dans ce train! Sachez de plus que vous me faites penser à une parente, ce qui me trouble au plus haut point. Le seul portrait de la grand-mère maternelle en question est comme la clef du mystère d’une histoire de famille, disons, romanesque?

– Vous m’intriguez jeune homme! Je craignais que vous ne me courtisiez sans autre retenue et me retrouve ainsi apparentée à votre tourment; car il s’agit bien d’une histoire qui vous torture encore si j’interprète bien ces rides qui barrent soudain votre front haut et large? Comment puis-je vous appeler?

– Lorent, Lorent Michaëlovitch Jumel; et …?

– Véronica, Maria De Salonique. Appelez moi Marie, Véronique c’est un peu long, je n’aime pas Véro et Maria un peu, bref! dit-elle en riant.

En tournant la tête pour suivre son regard je comprends son amusement. Une enfant passe en sautillant dans le couloir, poursuivant un jeune chien qui tente d’attraper une balle. La balle qui va vers l’arrière du train semble être un instant hors de notre espace, comme fixée au paysage qui défile, puis elle disparait. Qui mène la danse depuis ce matin? Dans le compartiment assurément, sur une faille l’histoire se distend…

à suivre.

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