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Trop de mots à la Citadelle – épilogue

juillet 23, 2011

7  heures plus tard.

« Monsieur? »… « Vous m’entendez monsieur? Bougez la main si vous ne parvenez pas à ouvrir les yeux, tout va bien? » « mmmmh oui, qui êtes-vous? je me sens mal, je n’arrive pas à …que se passe-t-il? » « Je m’appelle Mary, je suis votre infirmière ». Une lumière aveuglante efface toute couleur de la pièce encombrée où je suis alité , un froid métallique et sec semble se diffuser depuis une machinerie effrayante, des odeurs de désinfectants, et un goût âpre au fond de ma gorge sèche. « Puis-je avoir quelque chose, à boire? Pourquoi infirmière? », « Bien sur (…) Par vocation ou pour faire plaisir à mon père (…) et vous, que faites vous dans la vie? »…

Peu à peu je distingue les formes avantageuses de la créature sublimée qui caresse ma main, brûlante semble-t-il, entre les siennes douces et fraîches. Quelque chose cloche, je ne parviens pas à comprendre pourquoi je suis ici, mon dernier souvenir précis remonte à vendredi lorsque je franchissais le long porche d’entrée à la citadelle. « Nous sommes à Arras? Pourquoi suis-je ici? ». J’entrevois une succession d’images de groupes en scène et de scènes de cauchemars dignes d’une série B mêlant Seven & Saw I II III IV V, saucisse et saussettes. Bon, coté humour ça ne s’arrange pas mais c’est bien moi! « Prenez ça, reposez-vous; vous venez de sortir du bloc, tout s’est bien passé, nous nous reparlerons plus tard. ».

Tandis que j’avale péniblement le breuvage épais et tiède que Mary me propose, soutenant délicatement ma nuque pour relever ma tête, je la vois en injecter ensuite dans la perfusion le contenu d’une seringue démesurée. Elle a une seconde paire de bras?… Dans le lit voisin un enfant est recroquevillé sur lui même, une lumière rouge au bout de l’index droit; il doit faire à peine un mètre et pourtant il porte une barbe bien taillée et ses yeux sont cerclés de lunettes rondes. Tandis que je tombe d’un pont vers une abîme sombre et sans fond, je cherche encore à comprendre, pourquoi cette sensation de manque, perception d’un vide à combler, associée d’une plénitude ineffable?

Soudain le piano, la voix, je suis pris de frémissements, commençant  par le duvet qui se dresse sur mes avants bras, puis mon dos comme un doux picotement et tout mon corps tressaille, puis du plus profond de mon être affaibli émerge un long spasme qui fini de m’arracher un suprême sanglot diffus. « Monsieur? », silence.

« C’est Mary, vous m’entendez? ». En fait, tout est là, pur, délicat, léger, délicieux, savoureux et subtil « …entendre? ». Comme jamais depuis si longtemps, mon ouïe capte ces paroles, puis le bruit de souffle, les clics et les frottements des machines qui nous entourent, et au delà, un merveilleux silence. Je parviens à porter une main à ma tête pour y toucher un bandage épais qui l’entoure. « Doucement, il est trop tôt, je vous ôterai ce couvre-chef tout à l’heure, lorsque vous serez dans la chambre ». Dans le lit à coté le barbu a repris sa taille d’adulte, il me regarde à travers ses bésicles, et m’adresse un clin d’œil complice en pointant son menton vers l’infirmière. Il disparait tandis qu’un brancardier à entrepri de transférer mon lit au long d’interminables couloirs vers un monte charge au fond. Les néons défilent au dessus de ma tête, leur vibration s’accélérant et puis ralentissant, à mesure que j’approche ou que je m’en éloigne.

« Alors j’ai été opéré? Un micronecta scholtzi? C’est quoi comme virus? » « Pas un virus, une petite bestiole qui peut s’introduire dans l’oreille! Le plus extraordinaire c’est que vous en aviez une dans chaque oreille et qu’ils y vivaient depuis plusieurs années; vous avez supporté tout contre vos tympans un sifflement de 99Db, émis par une créature de 50 microns qui produit avec son pénis un bruit puissant comme le moteur d’une voiture de sport. Il y avait de quoi devenir dingue! Tenez, je vous ai monté le journal ». Je la regarde éberlué, me saisit du papier, et, tandis qu’elle s’éloigne en ondulant son irrésistible croupe sinusoïdale, l’ouvre à la page du Mainsquare festival.

La Voix du Nord – Lundi 4 juillet 2011 – page 6 & 7 : « Le frisson, l’amour et la reconnaissance »… Bilan exceptionnel pour la sécurité et les services médicaux qui n’ont déplorés que quelques comas éthyliques et malaises liés à la chaleur ou la fatigue lors d’un festival qui a réunis près de 100 000 personnes sur trois jours!

{ insérer résumé des trois jours avec liens]

Ce soir là dans le train du retour vers ma province lyonnaise j’ai placé sur ma tête un casque DrDre dernier modèle isolant, et après avoir apprécié le paysage qui défile comme le temps dans une dimension paisible isolé de toute pollution sonore, j’appuie sur play, et me replonge comme lors de mes quinze ans dans le délirium harmonique de Yes. Complètement old régime, j’adore! Manque plus que le craquement des poussières sur le diamant, les cheveux longs et le pouvoir aux fleurs. En gare de « Jean Macé » c’est Maxim qui m’accueille d’un « hey man, salut homme à l’oreille percée! » et nous allons directement au studio. Au pied de la scène une table est dressée et les plats sont un homage au « french paradox » ! Choucroute de la mer des Alpes, Chili con carne à la lyonnaise, Coquilles Saint Jacques au cidre normand, Cassoulet auvergnat, Bouillabaisse charentaise, plateau de fromages « les 7 monts parisiens », et une orgie de 49 chocolats chromatiques…

Lorsque j’allume une cigarette après ce suprême festin , dans un transport des sens,  accroupi un peu à l’écart, au seuil d’une issue de secours entrebâillée, le soleil s’est couché et le ciel est brûlant; comme entre chien et loup, le concept est esquissé, fresque fragile d’une œuvre qui s’imagine subtile.

Ingrédients du projet : 7 notes, une gamme en 7thminor, des influences depuis les fifties  métal, branchés, jazzy, electro, pop, soul et classique (rien que ça). Nos thèmes fétiches, gommer les mots de trop, trop de maux : la colère, la paresse, la gourmandise, l’orgueil, l’envie, la luxure et l’avarice.

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