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Etrange Tournesol (version 1.2)

Première partie: Le voyage sous la ligne

Hiver 1942, Ablon en Normandie.

Cette année là, au nord de la Loire, la récolte s’annonçait pauvre. Et le long de la Seine, au delà de Rouen à Lisieux, près d’Honfleur, les vaches ont maigri; elles ne donneraient plus comme avant.

Le front barré de trois rides profondes, les yeux de Pierre ont vu le soleil se coucher une dernière fois sur la mer, et puis se sont durcis: « Bernard, dis à Yolaine de nous retrouver à l’église pour six heures, l’Abbé et Monsieur nous ont convoqués. »

Serrant fort par la main ses petits frère et sœur protégés sur le chemin du village, il a pleuré les dernières larmes de l’enfance, et la tenue d’écolier pèse ce matin, comme une toile de bure tissée de fils de plomb. A l’aube la mère lui a murmuré « Adieu… », et quelques mots articulés à grand peine. Ceux-ci résonnent et pour longtemps, comme un carillon discordant: « Papa est malade, alors c’est toi, et Yoyo, qui devront mettre les petits à l’abri. Un jour dis leur comme je vous ai aimé, …, comme je vous aimerai, toujours. N’en veux pas au père, c’est un homme bon, simple, travailleur, fragile(…). Jacques est au docteur avec Robert, veille bien sur lui, ses yeux lui font souffrir… ». Alors, Bernadette prit une profonde inspiration, et prononça des paroles confuses. Seuls quelques prénoms articulés en souriant: « …Émile, Bertrand, Boris, Bernard, André, … » et quelques bribes « …ragoût aux patates, truites et topinambours, torgoule, curé, Monsieur, la mer… » et la début du poème de Victor Hugo « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai… ». Durant une longue nuit d’agonie, parfois les larmes, souvent les rires et quelques frissons de bonheur parcoururent son corps usé. Un moment elle chantonnait, avant de nous laisser dans un dernier soupir, apaisée.

« Quand no z’a bien mangi du lapin, d’la volaille
Quand no z’a bien mangi du r’haricot d’mouton
Quand no z’a bien mangi du bon gigot à l’ail(le)
Quand no z’a bien mangi du viau et du dindon
Quand no z’a bu du bère à pleines guichonnées
Qu’no z’a goûté du gros, du p’tit, du mitoyen
Qu’no z’est resté tablés pus d’un’ demi-jounée
Qu’no commenc’ à chanter, qu’no commenc’ à êtr’ bien

Por’ s’empli’ la goule
Y faut d’la teurgoule.
Y faut d’la fallue itou
C’est cha qui fait bère un coup,
Por’ s’empli’ la goule
Y faut d’la teurgoule
Car no s’ra terjous gourmands
D’nos vieux plats normands. »(chanson attribuée à Arthur Marye, début 20ème)

_______________

Le chemin entre l’école et la maison semble chaque jour plus long, et la terre colle à nos godasses, comme pour retarder le départ. Avec Maman partie et Papa qui s’enferme à la chambre au retour du travail (sauf le vendredi soir pour aller boire un verre), avec le grenier vide, le porte monnaie pas mieux, et le bruit des fusils, mitrailles, explosions, de jour comme de nuit sur la route de Honfleur en bas de la colline, plus rien ne nous retient ici. La nuit les petits se réveillent en hurlant et parfois, il nous faut plusieurs heures avant de retrouver un peu de sommeil. Le matin c’est un peu comme avant, humide et vert, rassurant, mais tant de choses diffèrent en même temps. Il y a cette odeur étrange, comme du pétard mélangé à la pourriture d’un animal crevé, berk!

Il y a quelques jours je suis allé avec les grands et les filles (sauf Thérèse) au manoir. Monsieur était assis et il avait cet air sérieux comme une photo du général; Madame regardait par terre, puis au travers de la fenêtre, puis le piano, puis le portrait de ses parents. Quand elle a posé son regard sur nous, j’ai bien cru qu’elle allait pleurer mais elle a réussi un sourire comme une grimace; je voyais bien sa tristesse. « Jacques, tu vas prendre le train avec Robert pour rejoindre Michel, près de Toulouse. Des amis fermiers d’Auradé viendront vous chercher à la gare. Vous irez travailler aux champs avec eux cet été, et, si tout va bien, …, vous serez de retour à Noël. Les grands vont œuvrer avec nous, ne vous inquiétez pas, et Thérèse sera comme ma petite fille… » C’était maintenant mon tour d’avoir le ventre  serré, mais j’ai regardé Bernard et puis Pierre, droits comme des fantassins, et me suis retenu de pleurer.

Printemps 1942, gare de Caen. Monsieur le Maire et Monsieur nous ont menés à la gare ce matin de printemps. J’ai vu défiler les labours, les vergers de pommiers avec leurs vaches, tout était si marron et vert! Gisèle a dit que nous allions préparer leur venue dans le Gers pour cet été, mais je me demande si elle dit bien la vérité…Hier, les casquettes « tête de mort » sont venus à la sortie de l’église noter nos noms sur un grand livre. Ça gueulait en chleu, et leur rires sombres m’ont empêché de dormir jusqu’au petit matin. A l’école, j’ai appris que mon copain David et toute sa famille ont disparu! A voir la gueule des boches je me doute qu’ils ont du bien se planquer, on se reverra bien après l’été.

Nous sommes montés dans la belle auto de Monsieur. Il nous a menés jusqu’à Caen, en faisant une grande boucle par Pont-Audemer et Lisieux. Nous nous sommes arrêtés pour manger un morceau près de la Basilique. C’était incroyable! Quand je l’ai vue j’ai eu le cœur serré, le soleil était haut sur la colline, mais j’avais encore froid. De dehors lorsque l’on arrive c’est comme un château géant, trop grand pour sa colline en creux! Puis, nous sommes entrés, et dedans, j’ai ressenti pour la première fois une puissance plus forte que partout ailleurs. Cette force elle existe parfois dans certain lieux, sur des sentiers particuliers, rares. Mais ici, avec Sainte Thérèse et sa rose de l’amour à la main, c’est vraiment du surnaturel! Enfin je laisse ça aux filles et aux  grands, moi c’est quand même la mécanique qui m’intéresse le plus.

J’ai pris Robert tout contre moi et Gisèle qui nous accompagnait nous a pris dans ses bras en s’agenouillant sur le quai. C’est bien la première fois, c’est pas son genre de faire du sentiment, mais elle a mouché son grand nez à plusieurs reprises. « Jacques tu fais bien attention à Robert dans le train, et quand Michel vous aura rejoint à Toulouse ce soir, c’est le maire d’Auradé qui vous mènera au village. Écris moi pour me dire que vous êtes bien installés. Il y a trois familles qui vont vous accueillir à L’Isle Jourdain, ils sont tous du village à Auradé, il y a Baylac, Papon et …zut je me souviens plus, c’est ceux de la forge, demande au maire en arrivant. Tu lui diras que, Yolaine et moi, nous viendrons vous chercher après l’été… ». Je vois bien dans ses yeux qu’elle n’en sait rien, mais ça doit la rassurer?

« Et Papa? » (…) « J’ai eu des nouvelles par le directeur de l’armurerie ce matin, ça va aller mais l’explosion lui a blessé le visage. Au moins un mois à l’hôpital de Honfleur et on ne sait pas s’il pourra reprendre son travail. Son chef dit qu’il sera gardien sinon. Je vous écrirai de nos nouvelles, va mon frère, c’est toi le grand maintenant, et travaillez bien à l’école et aussi à la ferme. »

Alençon, Le Mans. Là nous avons changé de train. Tours, Poitiers (c’est à ce moment que nous avons mangé les sandwiches que Madame nous a préparés ce matin à Ablon, délicieux, avec des cornichons et de la viande!), Limoges, Brive-La-Gaillarde (j’aime bien ce nom) et enfin Toulouse sous un soleil bas sur l’horizon, et chaud comme au désert. La gare est très animée et l’atmosphère est étouffante. Quelque chose nous retient sur le quai, je ne sais pas trop où aller tandis que notre train repart, craquant de toutes parts après le coup de sifflet du chef de gare « En voiture, en voiture, Narbonne, Montpéllier ! ». Nous voila seuls sur ce quai après que tous les gens se sont trouvés et embrassés, se serrant l’un à l’autre, certains la larme à l’œil, tandis qu’un groupe, tous coiffés de bérets, parlait fort avec des roulements de r tels que je ne comprends qu’un mot par ci par là! J’ai la tête qui tourne. Seul le chef de gare est en uniforme ici, pas de gendarme, pas de milice, pas de guerrier en habit de mort.

« Eh alors les enfan’gs? On attend sa mémé? » C’est un autre employé de la société des chemins de fers qui nous a rejoint, alors je lui montre le papier que m’a donné ma soeur ce matin. « Bieng bieng venez le normands, le train de votre frère est déjà là depuis un moment, il vous attend dans mon bureau. » Du haut de ses neufs ans, Michel, mon petit frère, m’a regardé avec un beau sourire et ses yeux bleus perçants mais un peu tristes. Robert s’est approché de lui et lui a murmuré à l’oreille avant de lui prendre la main: « Théthé t’envoie un énorme bisou et les grandes ont dit qu’elles nous aiment et qu’elles viendront bientôt nous chercher après l’été, à la fin de la guerre… ». Tous trois debout dans le bureau étroit nous nous sentions comme dans le fournil de la boulangerie, alors, nous sommes ressortis sur le seuil, main dans la main. « Et Pierre et Bernard ils sont à la maison? » demanda Michel, « Oui, ils s’occupent de Papa et des filles, mais les filles elles se laissent pas faire, ha ha ! Ils nous ont donnés leurs livres d’école avec une liste d’exercices à faire cet été, mais ils ont dit qu’on doit d’abord faire le travail de la ferme. Sur la lettre c’est écrit Michel chez Baylac, Robert à la forge et Jacques chez Papon…Ce sont nos parents d’accueil au village. »

Un peu plus tard un contrôleur est venu nous chercher pour nous indiquer le car à destination de L’Isle Jourdain. Ce voyage imposé se termine au soleil couchant, brûlant sur les champs de blés déjà mûrs, alors que ce matin ils étaient encore verts, en Normandie. Cette couleur brun foncé, je n’en avais encore jamais vue d’aussi pleine, à l’image de cette terre riche et généreuse, et j’allais apprendre à l’aimer, pour toujours. L’air est chargé de la poussière de la première récolte qui commence dans quelques propriétés. J’en ai vu qui travaillent encore à la faux, un rang de dix pour faucher, suivi des femmes en robes longues et chapeaux larges qui arrangent les tiges en gerbes dorées magnifiques.

A l’Isle, le maire d’Auradé nous a fait monter dans une carriole tirée par deux grands chevaux. « Ces chevaux sont de chez vous les enfants, des cobs normands! Forts comme des ânes et souples comme des bêtes de selle. Je crois bien que les gamins du village vont vous surnommer les cobs. » . Je trouve ce nom plutôt agréable et les bêtes ont des mouvements tellement forts et sereins, puissants en toute quiétude que je les accepte volontiers comme amis homonymes.

Presqu’une heure pour rejoindre le village et soudain sur le faîte des collines, au dessus du clocher, j’ai vu les Pyrénées! Plus beau qu’une peinture impressionniste, extraordinaire vision surréaliste saturée des senteurs du couchant, comme pour sceller définitivement ce souvenir d’une trop longue journée de trois enfants déplacés.

La fille du maire qui nous accompagne dit alors: « c’est annonciateur d’une canicule quand on les voit si bien », puis elle nous a montré du doigt, au loin, les trois fermes qui deviendraient bientôt notre seconde racine, pour quelques années d’enfance, et pour toute notre vie le lieu de paix, de richesses naturelles et humaines, de plénitude agricole et festive où nos enfants et petits-enfants, un jour, vivront de passionnantes vacances à la recherche du tournesol magique…

______________

Deuxième partie : Âmes de puisatiers

La première fois qu’il apparut ici, en 1945, pendant qu’au village d’Ablon les alliés se sacrifiaient en nombre pour une idée de liberté, inconscients, nous allions au petit matin d’un samedi de marché chasser les écrevisses dans un ruisseau marécageux. Le chasseur pêcheur en chef c’est pourtant notre benjamin, Michel; avec René le fils Baylac, ils sont capables de dénicher une douzaine de rampants rouges en moins de temps qu’il n’en faudrait à Robert pour s’endormir une fleur aux lèvres sur le bord du ruisseau. Pendant ce temps, j’aurai à peine commencé à fabriquer une pince avec deux bouts de métal destinés à parer une improbable attaque, morsure ou piqure des bestioles lacustres. Depuis ce matin mes frères sont particulièrement mystérieux et je sais qu’ils me cachent quelque chose. J’ai entendu Robert qui disait à Michel d’un air incrédule « Tu es un vrai conteur de sornettes, ça n’existe pas des lutins à la peau transparente avec 4 doigts à chaque main! », « Je te promets qu’il est entré dans ma chambre,  m’a regardé de ses grands yeux nébuleux et ça m’a parlé sans émettre le moindre son. Dans ma tête il a dit: prends ce tournesol, cache le dans un étui à canne à pêche et quand tu le sentiras vibrer, plante le dans le sol… ». Ça ne m’étonne pas de lui d’inventer des histoires, mais Michel est plus doué à écrire quelques poésies sur la nature et la vie : « Je suis ce que la suie est au feu, le pépin au fruit, et je m’instruis sans faire de bruit, ni de mal à autrui! ».

Quand le soleil est apparu par dessus de la colline, c’est la direction de Toulouse dit toujours Léopold (mon frère adoptif qu’il m’appelle le fils Papon), nous nous sommes brusquement arrêtés, éblouis d’un fabuleux reflet au cœur du champ qui surplombe la petite vallée où coule notre rivière à bestioles. Robert, dit Roby nénette, le roi de la lustreuse à mobylette, fut le premier à crier « Regardez le sac à Michel il tremble comme dingue! ». Michel prit son sac de canne et d’un geste rapide et précis, l’ouvrit. Un tournesol superluminique en sorti lentement et se dirigea comme planant vers le reflet blanc aveuglant. « C’est l’esprit du derviche tourneux qui le possède » dit encore Roby, et tout en riant comme un furieux et poussant des petits cris de terreur feinte, il sautait de droite à gauche, d’une rive à l’autre du minuscule ruisseau qui séparait nos deux domaines. Tandis que René se grattait la tête à travers son béret, répétant sans arrêt « Mille dioux, cap de Biou! », Michel s’approchait doucement. La lumière du soleil entrait directement dans le cœur du tournesol pour ressortir des feuilles en une myriade de mini-rayons qui transperçaient sans douleur nos corps et la végétation alentour. Lorsqu’il tendit la main pour en saisir la tige, la fleur se mit à tourner sur elle même, s’élevant légèrement au dessus du sol avec lui, les dirigeant au point précis où la lumière était plus forte. A ce moment j’ai pensé à Bernard qui connait bien la chose religieuse, il nous aurait certainement trouvé une référence biblique à ce phénomène d’aspect miraculeux. Michel qui venait de passer quelques mois en colonie chez les scouts de Lourdes s’était fait une autre idée de la chose. Pour lui les réalités naturelles seront toujours au premier plan, et même cet objet magique, cadeau d’un visiteur en provenance d’une autre galaxie, resterait à ses yeux comme une baguette de sourcier, bien réel. « Je sais c’que c’est, regardez, ça va creuser! », et en effet, le tournesol semblait décidé à s’enfoncer dans le sol. « Pas ici » dit-il avant de détaler comme un garenne, son sceptre brillant à la main. Il survolait littéralement le chemin, et nous étions tous essoufflés en le rejoignant à l’arrière de l’étable à Pichon (c’est le nom de la ferme des parents de René).

Tenant le tournesol à bout de bras, Michel se déplaçait lentement maintenant, et la lumière se reflétait à nouveau du cœur vers les pétales de la fleur, variant d’intensité selon l’endroit. Petit à petit l’éclat reprit sa force insoutenable à la vue, une telle lumière que nos yeux se fermaient pour ne pas bruler. Enfin, il se mit à tourner sur lui même et alors la lumière jaillit de son pied, comme concentrée depuis le ciel en un point vers le sol, par le tournesol! Le tout se mit à tourner, tourner, tourner à une vitesse vertigineuse.

Nous faisions cercle autour du phénomène unique. Le tournesol s’enfonça lentement dans le sol, la lumière du soleil concentrée du haut vers le bas formant comme un foret de feu, creusant ainsi par fusion un trou de près d’un mètre de large, de plus en plus profond. Quelques instants plus tard nous n’apercevions plus la fleur, seul le faisceau d’énergie surpuissant plongeant dans le trou, et alors, dans un sifflement depuis l’aigu strident vers les graves profonds, la fleur refit surface et s’immobilisa face à nous.

Pendant tout ce temps nous étions comme coupés du monde, isolés, invisibles; puis les bruits de la ferme, beuglements et caquets, maillet sur un piquet, grognement de cochon et aboiements du chien se firent à nouveau entendre. Je m’approchai au bord du trou tandis que Léopold m’agrippait par la manche, et tous firent la chaine comme craignant que l’un de nous soit aspiré au fond du trou béant, encore fumant, dont s’échappait une sorte de vapeur. « Fais bien attention Jacou, lâche moi pas! » Je ramassai alors un petit caillou et leur demandai de faire silence. A l’instant où je lâchai la pierre je comptai « Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept…et plouf! De l’eau les gars, on a creusé un puits, vite allez chercher les grands, et toi Michel va placer le tournesol à l’abri, à la cabane, que personne ne le trouve… »

Michel s’éloigna discrètement après avoir remis le tournesol dans le sac, mais il décida de retourner voir la créature. Cette nuit lorsqu’ils se sont parlé, il a compris que celui-ci se cacherait près du vieux bois aux cèpes. Ils se trouvèrent ainsi dans la clairière à ciel ouvert, et comme la première fois, sans un mot, échangèrent quelques pensées amicales et curieuses. Michel voulait savoir si, sur sa lointaine planète, il y avait des animaux à chasser, des histoires à raconter, des maisons à construire, des jardins à fleurir? La créature lui fit part de son désir de rejoindre les siens, de son espoir de retrouver amis et famille sains et saufs après la fin des combats qui opposaient les siens à des envahisseurs voraces et destructeurs. Ils se rassurèrent l’un l’autre en souriant et faisant preuve qu’à travers l’univers tout est différent et semblable, se saluèrent respectueusement. Michel avait depuis son départ de Normandie une coquille Saint-Jacques ramassée au pied du Mont Saint-Michel, et une statuette de Vénus qu’il remit à son nouvel ami en pensant « Tu vois, c’est une déesse que j’aime, la plus belle femme du monde, née d’un coquillage magique; si tu poses celui-ci au bord de la mer, tu trouveras de quoi nourrir toute ta famille et ton village! Tu pourras aussi créer des trésors avec les perles dans les coquilles ». Ils se séparèrent ainsi, la créature regagnant sa capsule en suspension là, derrière eux, sans se quitter des yeux jusqu’à n’être plus chacun qu’un infime point dans le ciel. Ils garderaient et regarderaient toute leur vie ce point brillant lors des nuits étoilées, pour Michel ce sera l’étoile de Vénus, et pour l’Extra Terrestre, Tournesol notre soleil.

Nous étions devenus les vedettes au village! Le lendemain dimanche à la messe, les filles nous regardaient en se disant des trucs à l’oreille et en riant, tandis que les autres enfants du village semblaient ne pas vouloir croire que les six larrons étaient désormais ces héros de légende dénommés les puisatiers Gascons-Normands! A partir de ce jour, même si nous ne pourrions rejoindre notre normandie qu’après un quatrième hiver, nous fûmes heureux ici. Ce pays nous en étions devenu les enfants; son soleil, ses larges collines, ses champs de céréales magnifiés de tournesols, ses chemins herbeux, ses ruisseaux nourriciers, et, ses paysans tantôt fiers, tantôt modestes, roulants les R en chantant la langue gasconne et française, nous y ont donné une place.

Dans ce riche pays sage, Michel, Robert et Jacques viendront régulièrement se ressourcer, auprès la source du soleil, la première grande aventure de leurs vies. Plus tard leurs enfants, et aujourd’hui petits enfants y viendront à la recherche du tournesol magique et de l’étoile de vénus. La légende dit que la fleur du soleil sait creuser des puits dont on peut boire l’eau fraîche de vie et qu’ensuite, cette vie sera telle que l’on entendra parler les oiseaux et tous les animaux, et que les messages du vent, de la pluie, de la terre à la mer, et même les actions parfois incohérentes des terriens prendront sens sous le soleil et sous les étoiles du ciel, en Gers.

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6 commentaires
  1. swafran permalink

    Bien !! voilà, j’ai terminé la lecture de cette nouvelle qui me plaît vraiment bien…
    j’y trouve comme des « relents » agréables de Barjavel, ou -plus étonnant peut-être…-
    de Gérard Manset dans son premier album (« Animal on est mal « );
    et j’ y devine également quelque chose de très personnel -voire intime-

    Bon! trêve de compliments….
    je te suggère quelques corrections orthographiques (ci-dessous)
    tu peux aussi « vérifier » tes accents, surtout ^ (forêt, brûler…)
    Pour ce qui est des tournures, je n’ai pas grand chose à dire, sinon que le début de la première partie m’ a paru un peu moins « fluide » que la suite…

    –elle ne donnerai plus comme avant.
    >>la récolte (donnerait) ou les vaches (elles ne donneraient)
    –ses yeux lui font souffrir… >> le font souffrir
    –j’ai appris que mon copain David et toute sa famille ont disparus! >> disparu
    –Nous sommes montés dans la belle auto de Monsieur qui nous a mené jusqu’à Caen>> menés
    –Tu lui dira que Yolaine et moi >> tu lui diras
    –Tour, Poitiers >> Tours
    –les sandwiches que Madame nous a préparé >> préparés
    –et pour toute notre vie le lieux de paix >> le lieu
    –où nos enfants et petits-enfants, un jour, vivrons de passionnantes… >> vivront
    –quand tu le sentira vibrer, >> sentiras
    –des petits cris de terreur fainte >> feinte
    –et même cet objet magique…., resterai à ses yeux comme une baguette>> resterait
    –avant de détaller comme un garenne>> détaler
    –l’éclat repris sa force insoutenable >> reprit
    –dans un sifflement depuis l’aiguë strident >> l’ aigu
    –tandis que Léopold m’agrippai par la manche >> m’ agrippait
    –et une statuette de Vénus qu’il remis à son nouvel ami >> remit
    –Tu pourra aussi créer des trésors >> tu pourras

    Dans l’ensemble, je trouve ça très bien !

  2. O.W.P. permalink

    Cher François le franco-normand,

    Si tu prends une classe de CM2 pour la rentrée, garde moi une place au fond s’il te plait.

    TotOlive

  3. swafran permalink

    Bon travail, l’ami scribe…..
    mention particulière pour l’ajout de la chanson normande…
    (ne jamais négliger son patrimoine culturel )

    Pour ce qui est d’une place au fond de la classe, je ne te propose pas le CM2
    , désolé !
    – je suis amené à intervenir de la maternelle au CM2 sur le secteur qui s’étend de Rouen à Ry….-
    si je trouve une roulotte en co-location, je te contacterai pour un stage au long cours en pays normand.

    Hasta luego!

  4. cathypoi permalink

    Bravo grand Frère !
    après une lecture parfumée des vents d’Auradé , les yeux picotant d’émotions …merci pour ce voyage dans le temps de nos ascendants ! beaucoup de poésie et de douceur.
    très juste et bon de faire raconter un enfant (ici jacques).
    quelques formulations à revoir, si j’ose :
    -« Le front barré de trois rides profondes, les yeux de Pierre ont vu le soleil se coucher une dernière fois sur la mer, et puis se sont durcis: » -sur la mer. Puis ils se sont durcis. ou sur la mer. Le regard sombre ( ou assombri) : « …(couper par un point , marque plus de force dans « durcis ».
    –  » le porte monnaie « pas mieux » … aussi ???
    – …droits comme des fantassins ,et  » je » me suis retenu de pleurer.
    – a l’école… David et toute sa famille « avaient  » disparu ?? (ont)
    – terre riche et généreuse.J’allais apprendre à l’aimer

    et enfin …..- …nous « y « ont donné une place. ?? » nous ont offert une nouvelle terre..- .nous ont donné une place. – nous ont donné une place: nous étions de vrais gerçois –
    ..bref ??? « y » ça ne va pas
    et …
    « la légende nous dit : la fleur du soleil… . Cette vie sera ainsi: on entendra parler les … . Les messages du …  » en fait les « que  » bof ! c’est lourd pour le fin. donc couper en plusieurs phrases .

    voilà , tu fais ce que tu veux de tout ce que je me permets de proposer comme correction<.

    Je te trouve cette fois très inspiré et franchement Bon écrivain !
    continu !!!.
    c'est vrai , je suis subjective du fait de mon lien familial pour ce qui est du contenu, mais pas pour ce qui est du style de l »écrit .Et Hervé dit que c’est très bien écrit, agréable, émouvant.

  5. Controversa2010 permalink

    Bravo! Y’a du style! Cela m’a émue..
    Par contre, je pense qu’il y a pas mal d’incohérence au niveau des temps employés et d’autres broutilles qui demande quelques corrections…
    Bon courage
    Catherine

    • O.W.P. permalink

      Merci Catherine…le problème de « temps » et des incohérences est à la fois générique pour moi et très spécifique à cette histoire qui se situe à la fois en 1942 et pourquoi pas l’été dernier. Reparlons zen un de ces jours à l’apéro!

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